Quand l'amour devient parents, et se déséquilibre... (Partie 2)

Il y a quelque temps, je vous partageais la première partie d’un article important pour moi, car c’est l’essence de mon métier que d’y pallier : « Les déséquilibres des liens d’attachement entre les deux parents vis-à-vis de leur enfant ».

Aujourd’hui, j’ai envie de continuer, d’écrire dessus en vous ouvrant un bout de notre histoire avec Jérémie, et de vous parler avec le cœur de notre relation avec Jean, notre petit dernier.

Jérémie, Jean et moi-même!

Parce que oui, même quand on a eu déjà deux enfants, on croit tout savoir ! Et pourtant, nous nous sommes fait surprendre ! Nos liens d’attachement entre nous, ses parents, et lui, ont été complètement déséquilibrés !
J’étais la figure d’attachement principale. Et Jérémie, la figure d’attachement secondaire (et encore, sur cette période difficile, je me le demande…) !

Jean en porte-bébé Manduca.

Nous étions en 2016, lorsque Jean est né. Je n’avais pas encore écrit mon livre, je n’avais pas encore mon entreprise. J’étais simplement en congé parental, croyant que j’allais reprendre mon travail d’animatrice chez les ados, 2 ans après.
Ben oui, c’était notre petit dernier (ça, c’était sûr à ce moment-là !). Je l’allaitais. Je souhaitais profiter de cette idylle postnatale !

Et en parallèle, Jérémie avait commencé à travailler en maraîchage en permaculture depuis 2014. Bon, clairement, il était à fond… du genre 50 h/semaine sur les grosses périodes.

  • Par conséquent : les repas pour nos trois enfants, c’était moi !

  • Les allers-retours à l’école, c’était moi, et j’ai dû trouver un moyen de porter Jean dans le dos.

  • Maden avait 4 ans et Eléna 6 ans : j’avais besoin de mes mains pour les aînés. Merci le Manduca, mais du coup, le portage, c’était moi !

  • Les histoires du soir, c’était moi…

  • Les changes, l’hygiène, c’était moi...

Et c’était ok, vraiment ok.

J’aime prendre soin de ma famille. J'avais envie de faire que ça, à ce moment-là !

Et Jérémie prenait soin du jardin et de nous autrement.

Cependant, autour des 18 mois de Jean, je commençais à être agacée d’être accaparée, de ne pas avoir assez de temps pour moi, j’étais de moins en moins patiente (et je dormais très bien la nuit, là n’est pas la question, à contrario des parents que je suis !).

Mon temps étant limité la journée, j’ai commencé à me lever à 5 h du matin (spoiler alert, ça ne marche qu’un temps !) pour pouvoir écrire mon livre. Je profitais aussi des siestes de Jean pour continuer.

Une fois auto-édité, des familles sont venues vers moi pour que je les aide avec le sommeil de leur bébé (livre écrit en 2017, bouche-à-oreille de 2018…).

Je me sentais UTILE pour les mères, pour les pères, pour les familles, et pour aider les bébés à débarquer sur Terre, en douceur par cette passerelle de transition qu’est le sommeil ! Beaucoup de sommeil…

C’est là que j’ai commencé à être de plus en plus triste de garder Jean à longueur de journée et j’ai fini par faire comme une « mini dépression » !

En bref, je ne pouvais plus m’occuper uniquement de mes enfants !

Et surtout, perdre cette gaieté était LE SIGNAL qu’il fallait changer !

Dès lors que je ne suis plus en joie, c’est qu’il y a, selon moi, une trajectoire différente que la vie me demande de prendre, un chemin plus agréable, plus aligné, que je ne vois pas !

Car je le répète à tous les parents que j’accompagne : « Notre baromètre intérieur, c’est notre joie. Notre capacité à nous adapter aux événements en surfant sur la vague ». L’idée, c’est d’éviter de se retrouver sous l’eau trop longtemps, à se noyer petit à petit… Si nous ne sommes plus heureux de nous-mêmes, de nos enfants, c’est qu’il y a un problème, un autre chemin à suivre.

En effet, je vis avec la croyance profonde que la vie, c’est la bonté en abondance ! Il doit donc y avoir une solution à toute difficulté, tristesse ou colère. La vie – toujours selon moi – nous demande d’être courageux, courageuses, pour identifier, modifier et apporter une solution à ces difficultés. Se responsabiliser, en fait !

Je voyais donc que j’avais besoin de temps pour ma nouvelle activité, il fallait donc que je trouve une solution, il fallait que je trouve une nounou pour Jean !

Oh magie des synchronicités : ma mère nous annonce qu’elle devient assistante maternelle ! LA CHANCE pour tous les deux ! Par conséquent, Jean est passé de sa mère, à sa grand-mère… Mais où est la place de son père ? Très loin de ce que nos 2 aînés ont connu dans leur toute petite enfance!

Pour Eléna, qui est née en 2010, j’ai repris le travail en 35 h, tout en allaitant à ses 3 mois et demi (mon Dieu, quand j’y repense… S’il y a bien une chose pas naturelle, c’est celle-là !). Et comme Jérémie était étudiant, c’est lui qui s’occupait de lui faire faire les siestes, de lui donner ses repas certains jours. Eléna n’était chez la nounou que 4 jours par semaine : il l’emmenait, la récupérait, en alternant avec moi. Les liens étaient très équilibrés. Eléna n’a jamais fait de différence entre lui et moi !

Pour Maden, arrivé en août 2012, bien que nous ayons déménagé et que j’aie repris le travail à 80 % à ses 6 mois : idem, les liens entre lui et son papa étaient très équilibrés (les changes, les bains, les histoires, les repas… C’était ok que je sois là ou pas : pas de différences, papa pouvait gérer!).

Mais pour Jean, étant donné que Jérémie avait beaucoup de boulot, je suis devenue sa figure d’attachement principale quasi exclusivement pendant ses 18 premiers mois.

Mais ça, nous ne l’avons pas compris tout de suite. En fait, progressivement, quelque chose s’est installé, que nous n’avions pas connu pour Eléna et Maden !

Franchement, on ne l’a pas vu venir, et je vous en parle aujourd’hui, car je vois tellement de parents tomber dans cette souffrance du déséquilibre, surtout lorsque les mamans allaitent et endorment leur petit, par répétition, jour après jour, nuit à après nuit.

C’est aux alentours de ses 12/14 mois que j’ai commencé à comprendre que même si, en couple, nous nous étions arrangés de la sorte pour que ça fonctionne, eh bien ça brisait leur relation à eux deux.

Et c’est tellement triste d’avoir vu ce fossé de l’amour se creuser, par rapport aux relations harmonieuses que nous avions connues avec nos aînés…

  • Jean a commencé à hurler quand son papa le portait.

  • Il refusait que Jérémie le couche le soir.

  • Il se crispait littéralement lorsqu’il s’approchait, même si c’était pour faire un petit câlin sur le canapé et que j’étais à côté : c’était devenu impossible.

  • Ce n’était pas de la colère.

  • C’était carrément une insécurité relationnelle. C’était anxiogène pour Jean, car il n’était pas habitué à la relation avec son père.

Et pour Jérémie, ça a été très dur de voir cette distance, alors qu’il connaissait déjà la complicité père-fille, père-fils.

Sur la 2ᵉ année de Jean, il y eut comme un renforcement d’une espèce de rejet mutuel entre eux deux.

Il ne savait plus comment s’y prendre avec lui.

Jean ne savait pas qu’il pouvait se relâcher et jouer avec son père.

Plus la distance s’installait, plus les liens se déséquilibraient.

Finalement, avec le recul, je vois que nous étions entrés dans un cercle vicieux, qui a eu un impact durant plusieurs années, peut-être 4 ou 5 ans (même si c’était moins intense à ce moment-là, car nous avions commencé à travailler leur relation…).

Vous et moi, nous le savons : chez les tout-petits, les spirales qui tournent en boucle, c’est monnaie courante ! Car les petits aiment tellement la régularité sécurisante d’un fonctionnement !

Que ce fonctionnement soit juste ou pas n’est pas la question… Ils tournent en rond et si ça n’est pas juste pour tous les membres de la famille, nous, nous subissons.

Dans notre famille – étonnamment – ce sont les pleurs de Jean qui nous ont empêchés d’avancer. Oui, on peut dire que nous sommes retombés dans la peur des pleurs !

Et ça paralyse, ça énerve, ça biaise la réalité.

J’avais peur de soumettre Jean à un minimum d’inconfort si son papa s’en occupait.

J’avais peur de ne plus être la mère bienveillante qui répond aux besoins émotionnels de son enfant.

Je suis tombée dans le panneau, à cause des pleurs, à cause de cette empathie émotionnelle, croyant que c’était le mieux pour Jean ! Quelle ironie !

  • Moi qui me bats pour que les familles et les couples restent unis, sans que le manque de sommeil ne les brise petit à petit à cause de la peur des pleurs !

  • Moi qui me bats pour aider les mères, les femmes à sortir du « sacrifice maternel », dans lequel j’étais moi-même à bien des égards, et qui emmène des comportements qui enferment…

  • Je suis la première à dire : « Vous pouvez allaiter et dormir ! Vous pouvez être aimée, et prendre du temps pour vous ! ».

Bref : mon baromètre intérieur ne rayonnait plus de bonheur…

Alors j'ai observé les situation, je me suis observée.

N’est-ce pas le point de départ lorsqu’il y a disharmonie, tristesse, situation qui n’est plus juste ?

  • Des besoins moins évidents étaient non comblés. Une expression non libérée.

  • Des responsabilités mal interprétées.

  • Vers les 2,5 ans / 3 ans de Jean, je me posais cette question : ce déséquilibre marquerait-il leur relation à tout jamais ?

1) Observer les déclencheurs de tensions.

2) Rétablir la justesse, pour chaque membre de la famille.

3) Ne pas choisir la facilité, qui envoie dans le mur de la tristesse sur le long terme.

1) Observer les déclencheurs de tensions : mes comportements !

A chaque fois que Jean pleurait, je prenais le relais. Je voulais le protéger, l’apaiser, lui donner une stabilité émotionnelle pour qu’il retrouve sa sécurité.

Avec le recul, je comprends que ma posture de « sauveuse », et ma présence envahissante, empêchaient leur relation de se construire.

Avec le recul, cette phrase des accords toltèques revient pourtant dans mes pensées : « Ne faites pas de suppositions!»

  • À quel moment je me suis dit qu'empathie était télépathie, comme si je connaissais les pensées de mon fils ?

  • Qui suis-je pour changer le cours des événements, simplement parce que je crois que l’autre ne peut pas se débrouiller sans moi ?

  • Qui suis-je pour croire qu'il n'a pas ses propres ressources intérieures pour s'habituer à son père ?

Ha la sauveuse... (J’ai la palme de ce schéma comportemental, je crois !).

Plutôt que de laisser l’autre trouver ses propres réponses, ses propres solutions, même s’il pleure (C’est son père tout de même ! Pas un inconnu !), j'intervenais outre mesure.
Je ne laissais pas la place à Jérémie afin qu’il trouve lui-même ses solutions, ses jeux, ses réponses pour répondre à Jean. Je ne leur laissais pas d’espace, de « vide », où tout peut être créé.

2) Rétablir la justesse, pour chaque membre de la famille.

J’ai commencé à prendre de la distance.

Je changeais de pièce intentionnellement lorsque Jérémie essayait d’entrer en relation avec Jean.

Je les laissais se débrouiller même si ça n’était pas parfait. Même si ça n’était pas comme je l’aurais fait. Même si je voyais qu’il était un peu à côté de la plaque au niveau de l’empathie et des émotions.

Malgré toutes mes tentatives, Jean me regardait constamment : « Maman, tu valides ? Tu es là ? ».

Tant que j’étais présente dans la maison, ils ne pouvaient pas pleinement s’investir l’un avec l’autre ! C’était dingue.

3) Ne pas choisir la facilité, qui envoie dans le mur de la tristesse sur le long terme.

Choisir les intérêts de chacun, pour le long terme, car nous parents, nous voyons loin...

Le vrai tournant a donc été de partir.

Au début, Jean pleurait d’inquiétude, mais son père avait aussi le droit d’être la personne qui le rassure, qui le console… Quel paradoxe d’en arriver là !

Donc, vers les 2,5 / 3 ans de Jean, j’ai commencé à m’absenter physiquement de plus en plus longtemps : pour aller courir, sortir entre copines ou avec ma sœur… D’abord 2–3 heures. Puis une demi-journée. Puis une journée entière.

Et puis aïe, aïe, aïe : le coucher…

Durant toute cette époque, Jean me disait sa phrase avant de dormir : « Je t’aime, t’es mignonne, t’es belle, fais un gros dodo, t’es mon amour ». Et je lui répondais : « Je t’aime, t’es mignon, t’es beau, fais un gros dodo, t’es mon p’tit cœur (oui, mon amour à moi, c’est papa quand-même…!)».

 Mais avec papa : pas de phrases trop mignonne ! Un bisou, un « Bonne nuit » et hop au dodo ! Il devait s’y habituer. Même s’il ne pleurait pas, je sentais que ça le dérangeait ces différences de comportements entre papa et maman, et au début, ça me déchirait le cœur… Mais, mais, mais ...

Petit à petit, ils ont trouvé, inventé, leur rituel à eux.

Et leurs jeux à eux quatre.

Une fois, je suis rentrée à la maison et ils étaient tous à fond : « Maman, maman, avec papa, on a délogé un nid d’abeilles dans la serre, c’était trop bien ! »

Moi : « Quoi !? Mais ça ne va pas la tête ! »

Et en fait, c’était génial ce qu’il a fait : il faisait une chaleur incroyable, mais ils se sont tous habillés en combinaison de ski, bonnet, gants, masque.

Ils ont pris des raquettes de tennis, un tuyau d’arrosage et les abeilles sont parties vers d’autres horizons…

Jean était déguisé, mais il a observé la scène de loin (ouf!!).

Au final, c’est un super souvenir pour eux 4, qui a resserré leurs liens, et qui revient encore quelquefois dans les conversations 6 ans après!

Bref, Jean et son père se sont rapprochés, parce que je m’éloignais : dans les tâches quotidiennes, à la maison, dans la banalité et de manière répétée !

Et le petit miracle est arrivé : lors d’une rando en montagne, j’ai vu Jean -environ 4,5 ans me semble-t-il- , attraper de lui-même la main de son père, sans qu’on ne le lui demande, en ayant lui-même plaisir de s’y accrocher, parce qu’il voulait partager ce moment avec lui…

Ce n’est pas des blagues : mon cœur s’est serré, et j’ai clairement eu envie de pleurer.

On commençait à passer de l’autre côté de cette montagne des liens d’attachement déséquilibrés, qui peuvent durer des années…

Si vous avez besoin de rétablir les liens d'attachement à peu près équilibrés en ce qui concerne le sommeil de votre petit ou grand bébé, je vous conseille de regarder -en couple- ma formation que voici :

"Pourquoi mon enfant a-t-il peur de dormir profondément ?"

Et c'est gratuit !

En attendant, prenez bien soin de vous, et de vos petits bouts de chou,

Elodie Kuzminski,

Consultante du sommeil de bébé et de l’enfant,

Doula postnatale et auteure du livre :

« LE SOMMEIL DE NOS BÉBÉS »


Copyright © 2025 Lumienaissance - Le sommeil physio'logique de nos petits et grands bébés en confiance !

Ce site ne fait pas partie du site Facebook ou Facebook Inc.